Galerie Pierre ABENSUR

Signe extérieur de puissance, culte totémique ou exhumation d’une culpabilité refoulée, le trophée de chasse peut aussi être vu comme la matérialisation significative d’un amour paradoxal. Le mimétisme perceptible entre la dépouille d’un animal abattu et son chasseur renvoie à la perception nietzschéenne d’une connivence non conscientisée entre victimes et bourreaux. Loin de l’unilatéralité supposée, l’acte de mise à mort porterait le sceau d’un accord tacite entre un prédateur et sa proie unis dans un cycle naturel de perpétuation des espèces. Les chasseurs traditionnels africains parlent de mystique animale et entourent la chasse de rituels ésotériques. Le trophée, résurrection factice et décorative d’un animal abattu, est soumis à des jugements de valeur contradictoires qui consacrent l’hommage rendu au divin ou condamnent la volonté de s’y substituer.

Revendiquée aujourd’hui comme un héritage patrimonial, la chasse s’est affranchie des besoins primitifs et se cherche une vocation plus créative. La beauté du geste et la physionomie de l’animal ont supplanté les considérations nutritionnelles. Récompense auto décernée, le trophée de chasse est dénué de toute dimension collective. Il est hors compétition. Sa valeur se cache dans son histoire et sa beauté brille d’abord dans les yeux du chasseur.

La mise en abîme d’une dualité récurrente entre les notions de naturel et d’artificiel est un élément fondamental de cette démarche où la théâtralité de la narration se mêle à des formes photographiques habituellement antagonistes.

Comme l’acte de donner la mort… par amour.

Travaux réalisés entre 2008 et 2012 dans les Alpes Maritimes , le canton du Valais (Suisse), la Haute Normandie, l’Afrique de l’Ouest et la Mongolie.

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